Soleil

Le cavalier noir

Poème de Chris CHRISTIFER
Trait...

Je me rappelle d'un cavalier noir,
ce n'est pas la première fois qu'il passe ici.
Il vient toujours par la même route,
la fois d'avant c'était... quand ?

Toujours drapé d'un linceul de ténèbres
qui fouette le vent, qui laboure la terre,
Lui, le mangeur d'ombre, ne cache pas son visage
mais personne ne veut le regarder.

Pourtant, son coeur n'a pas de limites.
Il apprécie tout le monde et n'oublie personne,
blanc ou noir, riche ou mendiant,
bienfaiteur ou bourreau...

Je me rappelle de ce cavalier noir,
ce n'est pas la première fois qu'il passe ici.
Il vient toujours par la même route,
la fois d'avant, c'était voilà soixante ans.

Vêtu de tonnerre et de flammes,
répandant l'incendie dans les villes,
fauchant femmes et enfants sous le fracas des bombes
et consumant l'humanité dans des cheminées de brique rouge...

...rouge comme le sang, les cendres s'écoulaient
et noircissaient l'eau des fleuves.
J'ai vu foi et justice se taire
pendant que la force faisait parler.

Les tiroirs d'alliances des couples exterminés
n'allaient pas dans les charniers
là où les corps coulaient dans un jus,
putride, qui collait aux bottes des fonctionnaires

A cette époque il aimait le brun et le noir,
repeignant le monde avec ses couleurs.
Son cheval d'acier a porté bien des drapeaux
dont tous ne sont pas défunts aujourd'hui

Il vint au Levant dans une lumière radiante,
dans le tonnerre aveuglant de dix-mille soleils,
en deux éclairs à jamais tatoués dans la peau
des vieillards comme dans celle des vierges

Croix carrée, numéro ou chair gravée,
ceux qui ont survécu se souviennent.
C'était hier ou l'année dernière,
ou voilà soixante ans je ne sais plus...

J'ai vu le cavalier noir
ce n'est pas la première fois qu'il passe ici.
Il vient toujours par la même route.
Sa cape fouette le vent. La fois d'avant c'était... quand ?

 
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