Soleil

Le poète qui a vu les fées

Poème de Chris CHRISTIFER
Trait...

Oui, je l'ai rencontré, le poète qui a vu les fées.
Tranquille sur son alezan avec sa vieille redingote usée,
quelques ramettes de chiffon sous son bras,
pour faire avec du vrai papier...

Il s'en allait dans la forêt parler avec les arbres,
discourir avec les oiseaux, boire l'eau des fontaines,
écouter le chant de la pluie qui tintait
sur le bord de son vénérable chapeau

Il s'asseyait sur des blocs de pierre
sous les arches des chateaux en ruine,
il disait que cela tomberait demain
mais pas aujourd'hui...

Il ne se passe jamais rien, écrivait-il,
parce que tu ne vois rien, tu n'entends rien.
Tu lèves les yeux et le soleil t'éblouit,
alors tu retournes te cacher à l'ombre...

N'y a t-il rien que tu sentes, pas même un souffle d'air ?
N'y a t-il aucun soupir caché qui t'anime ?
Ne sens-tu jamais aucune présence invisible,
aucun ange qui aurait ouvert ses ailes près de toi ?

Bref, as-tu jamais vu les fées...?
Jamais, lui dis-je.
Eh bien, me répondit-il, fais trois fois le tour de l'arbre,
tu vois, l'arbre là-bas... et tu les verras...

Je le saluais et m'en allais en riant,
le voyant faire quelques pas autour de l'arbre,
préférant retourner, à pas mesurés, dans mon siècle
fait de machines à vapeur et de grands vents...

Dans les clairières et près des grands lacs,
ce n'était pas encore chez moi.
Je courais alors dans des fluides de carbone
parmi les cités habitées de gens sans espoir

J'ai entendu le bruit des matraques
s'abattant sur l'os,
j'ai entendu les cris vu le sang
assombrir la bordure des trottoirs.

J'ai dit ce que je pensais,
j'ai connu l'humidité des cachots
et la planche pour dormir,
j'ai vu plus féroce et moins libre que moi...

Jamais plus je ne l'ai revu,
je sais ce qui est bien, ce qui est mal,
donc je ne sais rien mais je l'ai rencontré,
lui, le poète qui a vu les fées...

 
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